En France, plus d’une naissance sur 5 (20,1 %) se fait par césarienne, soit presque le double qu’en 1981 (10,9 %). Or, selon une étude de la Fédération Hospitalière de France (FHF) menée dans 559 établissements privés et publics, la plupart des césariennes ne sont pas pratiquées pour raisons médicales mais bien pour faciliter « l’organisation des naissances » et « optimiser les coûts de production ».
L’étude publiée dans Le Journal du Dimanche [1] dénonce ainsi l’augmentation des interventions « non médicalement justifiées », ainsi que des écarts « difficilement compréhensibles » entre les établissements. Le taux de césariennes des 559 maternités de niveau 1, prenant en charge les grossesses les moins risquées et pratiquant au moins 200 accouchements par an, varie en effet de 9,3 % à 43,3 %. « L’Organisation Mondiale de la Santé estime que le taux optimal est de 15 % environ. Il est normal qu’il y ait des différences entre établissements, mais au-delà de 25 % on peut se poser de sérieuses questions. Et au-delà de 30 %, on n’est plus dans la bonne médecine, c’est certain. Le fait d’avoir un taux de césariennes raisonnable est un critère de qualité très important, tant pour l’établissement que pour la santé des femmes », indique Damien Subtil, chef du pôle obstétrique du CHU de Lille, cité par le journal.
Pour la Fédération Hospitalière de France, cette hausse du recours aux césariennes, plus largement constatée dans les cliniques privées, trouve diverses explications. La multiplication des grossesses tardives ainsi que les recommandations pour un recours à la césarienne lorsque l’enfant se présente par le siège jouent un rôle incontestable. Mais il existe bien d’autres facteurs, comme que la crainte des procès, et d’autres raisons bien moins avouables. « La césarienne (planifiée) peut être utilisée pour concentrer les naissances lorsqu’il y a davantage de personnel et limiter les gardes de nuit et du week-end », explique Pierre Lesteven, conseiller médical de la FHF. L’étude démontre en effet qu’il y a 21,5 % de césariennes dans les maternités privées de niveau 1, soit un point de plus que dans les établissements publics de niveau 3, qui accueillent pourtant les grossesses pathologiques.
La césarienne n’est pourtant pas un acte anodin : le risque de problèmes respiratoires chez les nouveaux-nés est supérieur à la moyenne et le taux de mortalité maternelle est trois fois plus élevé que lors d’un accouchement naturel.
[1] « Alerte aux césariennes inutiles » par Yann Philippin dans Le Journal du Dimanche du 7 décembre 2008