Publié en septembre 2007 par Stéphanie Lécole
Brian McEntire @ Fotolia
Parce qu’il vient de passer neuf mois, dans le ventre de sa maman, à baigner dans le liquide amniotique, l’élément liquide semble particulièrement propice pour accueillir l’une des premières activités de l’enfant : les Bébés nageurs. Cette pratique permet de redécouvrir, en famille, les joies et les bienfaits du milieu aquatique, propice à l’éveil sensoriel et moteur du jeune enfant.
Découverte des plaisirs de l’eau
Pourquoi se manifeste la peur de l’eau chez l’enfant ?
Déroulement d’une séance
Conditions d’exercice
Les dangers du chlore pour les poumons de nos bout’choux
L’activité Bébés nageurs présente l’avantage d’être une pratique familiale permettant au papa et à la maman de participer au développement psychomoteur de leur enfant, à la découverte de son schéma corporel [1] mais aussi des relations avec les autres.
L’activité ne vise pas à apprendre la natation mais à favoriser l’épanouissement et l’autonomie de l’enfant dans l’eau. Par le biais de jeux, bébé fait la découverte de nouvelles activités motrices et de sensations inédites, notamment celle de l’apesanteur. Le développement moteur de l’enfant dans l’eau est différent de celui adopté au sol. Il a une meilleure motricité dans le milieu aquatique, où il a l’automatisme d’effectuer des mouvements de flexion et d’extension des bras et des jambes ; on parle de réflexe natatoire. L’enfant est donc rarement inactif : il joue, éclabousse, procède beaucoup par imitation de ses parents et de ses petits camarades.
Bébé est comme un poisson dans l’eau car pour lui, la peur du milieu aquatique n’existe pas. Mais, à ce titre-là , le rôle des parents est primordial ; en tant que modèle pour leur enfant, ils doivent se montrer particulièrement calmes et détendus, ne pas manifester de crainte éventuelle de manière à ce que l’enfant se sente en confiance.
Pourquoi se manifeste la peur de l’eau chez l’enfant ?
Le traumatisme peut être dû à une mauvaise expérience, mais peut aussi « ne pas avoir été vécu mais transmis par les proches ! Exemple de situation : dans une piscine, un jeune enfant ne sachant pas nager avance vers le bord du grand bassin, soudain sa mère l’attrape par le bras et le tire brusquement en arrière. Abasourdi, l’enfant regarde sa mère qui le gronde.
Sachant que les enfants sont très réceptifs aux divers signaux et au langage du corps, dans cet exemple, l’enfant a très bien perçu l’angoisse et la colère de sa mère. La peur était perceptible non seulement par le geste (contact physique), mais aussi par la parole. L’enfant n’en gardera peut-être aucun souvenir (conscient ou non), mais si cette situation est reliée plusieurs fois à d’autres évènements similaires, il est tout à fait possible qu’il y ait dans son esprit la naissance d’une crainte par rapport à l’eau, crainte instaurée et conditionnée dès le plus jeune âge et dont l’enfant devenu adulte n’en aura pas de réel souvenir. »
Source : « Vaincre la peur de l’eau » écrit par Eric Profit et Patrick Lopez, aux éditions Amphora Sports, pp.6-7.
Une session Bébés nageurs se déroule en groupe, en présence d’un ou deux parent(s) et d’un moniteur, dans un bassin où la température de l’eau ne doit pas être inférieure à 32° C. Chaque séance hebdomadaire dure entre 20 et 45 minutes selon l’âge de l’enfant, qui varie généralement entre 6 mois et 5 ans. Certains cours acceptent même des bébés plus jeunes, à partir de quatre mois, mais certains professionnels de santé déconseillent l’activité avant six mois. Il est cependant important que l’enfant soit relativement jeune car en grandissant, il perd les réflexes qui lui permettent de spontanément bloquer sa respiration quand il est immergé dans l’eau.
Les exercices évoluent en fonction des compétences psychomotrices de l’enfant. La prise de contact avec l’eau se fait tout d’abord dans les bras de l’accompagnant. Bébé flotte, suivant des mouvements latéraux et horizontaux, avant de plonger jusqu’au niveau de la bouche. Lorsque l’enfant est rassuré, il peut être allongé et plongé entièrement dans l’eau tout en étant maintenu. Dès que bébé est à l’aise, il pourra être complètement lâché par l’accompagnateur. A toutes les étapes, il est indispensable de bien respecter les rythmes de votre enfant et ne pas le brusquer sous peine de provoquer un blocage.
N’allez pas au-delà des limites de votre bébé et respectez bien la durée préconisée des séances qui tiennent compte de l’incapacité des nourrissons à lutter contre le froid. Si malgré tout, votre enfant devient pâle, inactif, a les lèvres violettes, c’est le signe qu’il est temps de sortir de l’eau et de le réchauffer.
Pour rejoindre une association ou un club pratiquant l’activité Bébés nageurs, votre enfant doit impérativement avoir reçu la deuxième injection du vaccin DTPolio (Diphtérie Tétanos Poliomyélite). A l’inscription, il vous faudra produire un certificat médical attestant de l’aptitude de l’enfant mais également un autre prouvant la non contre-indication de l’activité pour le ou les accompagnateur(s).
Pour éviter toute hypoglycémie, il est vivement conseillé que bébé ait pris une collation à base de sucres lents et rapides, une heure avant le départ pour la piscine. De même, prévoyez un goûter pour la fin de séance afin de compenser la déperdition calorique de l’enfant.
Il est très important de ne pas négliger de bien doucher bébé après la séance afin d’éliminer toute trace de produits chimiques.
Dans un rapport intitulé « Risques de chloration en piscine pour les jeunes ; données récentes », le Professeur Alfred Bernard [2] met en garde contre certains dangers liés à la pratique Bébés nageurs. Selon l’étude qu’il a réalisée entre 2002 et 2006, le chlore utilisé pour le traitement des piscines publiques présenterait des dangers pour la santé des enfants et plus particulièrement celles des bébés nageurs. La fréquentation des piscines chlorées augmenterait le risque de développer de l’asthme et des inflammations pulmonaires. Les bébés nageurs « ont plus d’asthme et font beaucoup plus de bronchites récurrentes. En ce qui concerne l’asthme d’effort, diagnostiqué suite aux tests et non basé sur les réponses aux questionnaires, on passe de 11 % parmi la population générale de l’échantillonnage à 23,3 % parmi les anciens bébés nageurs. Quant aux bronchites récurrentes décrites par les parents, elles passent de 37 % à 60 % » [3]. Le responsable serait la trichloramine, gaz toxique formé par la réaction du chlore avec la matière azotée (sueurs, cellules…) apportée par les baigneurs. L’exposition à ce gaz entraverait la maturation des poumons et plus particulièrement leur perméabilité.
Le Professeur Alain Grimfeld [4], contacté par la commission médicale de la Fédération des Activités Aquatiques d’Eveil et de Loisir, reconnaît la valeur de l’étude mais émet toutefois quelques réserves.
En l’état actuel des connaissances, la pratique de l’activité Bébés nageurs, dans une structure adaptée, n’est pas à déconseiller aux enfants ne présentant pas de contre-indications médicales. Si vous avez le moindre doute, n’hésitez pas à en discuter avec votre médecin de famille ou le pédiatre de votre enfant. Par ailleurs, peut-être existe-t-il dans votre ville des piscines utilisant des méthodes alternatives au chlorage qui proposent l’activité.
En savoir plus sur l’activité Bébés nageurs et trouver un club pour accueillir votre bébé, en France, auprès de la Fédération des Activités Aquatiques d’Eveil et de Loisir, et dans le monde.
« Bébés nageurs. Apprenez à votre bébé le plaisir de flotter, le plaisir de nager » par Françoise Barbira Freedman aux éditions Manise
[1] Le schéma corporel correspond à la « capacité de bien se repérer ou plutôt de bien situer la position de son corps et de ses gestes dans l’espace, et ceci sans se servir du repère visuel que nous offrent nos yeux » (Source : « Vaincre la peur de l’eau » écrit par Eric Profit et Patrick Lopez, aux éditions Amphora Sports, p.20).
[2] Le Professeur Alfred Bernard est directeur de recherche du Fonds National de la Recherche Scientifique au sein de l’unité de toxicologie de l’Université Catholique de Louvain en Belgique.
[3] Propos du Professeur Alfred Bernard lors d’une interview au journal La Libre Belgique publiée le 18 janvier 2006.
[4] Le Professeur Alain Grimfeld est chef du service pédiatrique de pneumologie et allergologie à l’hôpital Armand-Trousseau à Paris, président du Conseil scientifique de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé, établissement placé sous la tutelle du ministère français chargé de la santé.
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