Publié en février 2008 par Stéphanie Lécole
Ljupco Smokovski @ Fotolia
A l’heure où tout le monde se soucie de la pollution atmosphérique, il est une pollution tout aussi dangereuse dont on parle rarement : la pollution de l’air intérieur. Or, la majorité des individus passe en moyenne plus de 20 heures par jour en espace clos ou semi-clos, que cela soit dans les logements, lieux de travail, écoles, espaces de loisirs, commerces, transports... A l’intérieur de ces murs, l’environnement est davantage pollué, quantitativement et qualitativement, que l’environnement extérieur. Les sources de cette contamination sont multiples, issues des bâtiments, des équipements, des matériaux mais aussi de l’activité des occupants eux-mêmes. Les effets sur le confort et la santé sont nombreux et variés, pouvant aller de la simple gêne à l’aggravation ou le développement de pathologies telles que les allergies respiratoires.
La question de la qualité de l’air intérieur doit être une préoccupation majeure de santé publique car l’ensemble de la population est concerné, et plus particulièrement les personnes sensibles et fragiles comme les jeunes enfants et les femmes enceintes. Bambin Nature a donc choisi de faire le point sur les risques d’une telle pollution et de vous proposer des moyens d’en limiter les effets.
Contexte
Où se cache le danger ?
Comment agir pour limiter la pollution intérieure
Le 31 janvier dernier, Marie-Christine Blandin, sénateur français du parti écologiste les Verts, présentait un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques consacré aux éthers de glycol et autres polluants de l’air intérieur [1]. Fruit de deux années de travail, l’étude révèle qu’un grand nombre de produits ou objets couramment présents dans l’habitat et les lieux fermés est source de pollutions potentiellement nocives pour la santé. « Il y a un cocktail détonnant dans la maison », affirme Marie-Christine Blandin, insistant notamment sur les éthers de glycol, des solvants dont il existe des dizaines de dérivés et qui sont « présents dans de larges gammes de produits de consommation courante » (peintures, vernis, produits d’entretien, produits phytosanitaires, produits cosmétiques, voire... médicaments).
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 24 % des maladies sont causées par des expositions environnementales qui peuvent être évitées. En vingt ans, l’asthme a doublé et touche aujourd’hui 10 à 12 % des enfants français. L’incidence des cancers augmente ; ils sont devenus la deuxième cause de mortalité en France. Le rapport rappelle que, selon l’INSERM [2], « l’augmentation de l’incidence des cancers en France, entre 1980 et 2000, est estimée à environ 60 %. Cette augmentation est due en partie au vieillissement de la population ; mais lorsque ce taux d’incidence est standardisé sur l’âge, il reste une augmentation de 30 % de l’incidence des cancers en France ». Aux Etats-Unis, le cancer chez les plus jeunes a progressé de 30 % à 40 % en vingt-cinq ans pour les leucémies et les tumeurs du cerveau, et de près de 70 % pour les cancers du testicule [3]. La pollution de l’air à l’intérieur des maisons est de plus en plus suspectée d’en être en partie la cause. Par ailleurs, de multiples substances chimiques dangereuses sont présentes dans le sang de chacun, mais plus inquiétant, elles le sont déjà dans le sang du cordon ombilical. Ainsi, une étude de 2005 a trouvé des substances chimiques dangereuses dans le sang d’un cordon ombilical, telles que pesticides, phtalates, retardateurs de flamme bromés, provenant des moquettes, casseroles anti-adhésives, vêtements imperméables, papiers peints ou vernis à ongles.
Malheureusement, on serait tenté de répondre que les risques sont partout. La pollution intérieure se caractérise par un ensemble de polluants qui sont aussi bien physiques, chimiques que biologiques. D’après l’Observatoire français de la qualité de l’air intérieur, « les polluants mesurés dans l’air intérieur proviennent le plus souvent de plusieurs sources et, inversement, chaque source peut être à l’origine de plusieurs pollutions ».
L’Observatoire a identifié différentes sources de polluants :
Parmi les polluants couramment rencontrés à l’intérieur des habitations, on trouve des polluants d’origine biologique tels que les moisissures et les acariens, du monoxyde de carbone et des composés organiques volatils.
Les moisissures sont des champignons microscopiques capables de coloniser des supports de nature variée si elles y trouvent une humidité favorable et suffisamment de produits nutritifs. Elles peuvent libérer dans l’air des spores en grande quantité et/ou des substances odorantes voire toxiques. Les acariens sont quant à eux des êtres vivants microscopiques qui se développent dans la poussière en se nourrissant des squames de peau humaine. Les déjections des acariens et les débris de leurs cadavres contiennent des substances allergéniques.
Le monoxyde de carbone (CO) est un gaz très toxique, incolore, inodore et sans saveur. Il représente la première cause domestique de mortalité accidentelle par intoxication en France. Ses sources sont multiples : les appareils à combustion, le refoulement des gaz de combustion d’un appareil raccordé à un conduit de fumée, les gaz d’échappement de moteurs de voitures mais également le tabagisme.
Certains matériaux de construction, meubles, articles de décoration et produits d’entretien ou de nettoyage domestiques peuvent contenir des substances chimiques ayant pour point commun de s’évaporer plus ou moins rapidement à la température ambiante et de se retrouver ainsi dans l’air. On parle de composés organiques volatils (COV). Le composé le plus souvent rencontré est le formaldéhyde. Il est présent dans de très nombreux produits d’usage courant : mousses isolantes, laques, colles, vernis, encres, résines, papier, produits ménagers, pesticides, la plupart des bois agglomérés et contreplaqués, certains médicaments, cosmétiques et textiles… Or, le formaldéhyde est un produit hautement cancérigène. Selon le rapport de Marie-Christine Blandin [4] « le formaldéhyde en tant que substance, comme le danger de ses émissions, commencent à peine à être connus du grand public. Il est pourtant présent dans de très nombreux objets de la vie quotidienne et ses émissions bien davantage encore puisqu’elles peuvent envahir un local pendant une dizaine d’années voire plus (…) Chacun est conduit à respirer du formaldéhyde chez lui ou sur son lieu de travail, dans un hôtel, une salle de spectacle, ce qui jusqu’à présent n’a pas été signalé du tout et encore moins mentionné comme pouvant présenter un danger pour la santé ».
Bien qu’il soit impossible d’assainir parfaitement l’air ambiant, Bambin Nature vous livre quelques conseils pour améliorer la qualité de l’air à l’intérieur de votre logement.
Réduisez l’usage des produits d’entretien classiques ; préférez-leur des produits naturels tels que le vinaigre blanc, le savon de Marseille ou le bicarbonate de soude. Quels que soient les produits utilisés, respectez-en les consignes d’utilisation et ne les mélangez pas. Réduisez encore les sources de composés organiques volatils en choisissant des peintures naturelles ou en préférant le mobilier en bois massif à celui composé de panneaux de bois agglomérés.
Réparez les fuites et les infiltrations d’eau le plus rapidement possible. Si des moisissures apparaissent, lavez sans délai les surfaces contaminées avec de l’eau de Javel. Après un dégât des eaux, asséchez le plus rapidement possible et remplacez si nécessaire les matériaux fortement endommagés.
Ne perturbez pas la circulation de l’air de votre logement en bouchant les ouvertures d’aération. Veillez à l’entretien et au bon fonctionnement des appareils de combustion. Ventilez après les activités qui produisent beaucoup d’humidité mais aussi lorsque vous cuisinez ou bricolez. Aérez notamment, pendant plusieurs heures, les pièces dans lesquelles vous avez effectué des travaux de peinture.
Ne fumez pas à l’intérieur des lieux clos. Evitez d’utiliser les désodorisants et autres parfums d’intérieur et préférerez-leur la diffusion d’huiles essentielles. Mais plus important, n’oubliez pas d’aérer chaque pièce une dizaine de minutes au moins tous les jours, et ce quelle que soit la température extérieure, à condition d’avoir préalablement éteint le chauffage.
Dès le milieu des années 70, la NASA s’est intéressée aux qualités dépolluantes des plantes afin d’améliorer la qualité de l’air à l’intérieur des engins spatiaux habités. Les feuilles et surtout les racines et les micro-organismes présents dans les substrats terreux fonctionnent en effet comme des filtres ; on parle de “bio-épuration”.
| Plantes | Produits chimiques absorbés | Où la placer ? |
|---|---|---|
| Azalée ou rhododendron | Ammoniac contenu dans les dégraissants et certains produits de nettoyage des sols | Dans la cuisine près de l’évier, dans les toilettes, dans les pièces carrelées et ou en linoléum |
| Cactus | Ondes électromagnétiques des écrans de télévisions ou d’ordinateurs | Prés de vos écrans de télé ou d’ordinateur |
| Chlorophytum ou plante araignée | Formaldéhyde et monoxyde de carbone | Dans les pièces de votre choix |
| Chrysanthème | Trichloréthylène | Dans toutes pièces fraîchement peintes |
| Ficus benjamina et aloe vera | Formaldéhyde | Dans différentes pièces de votre habitation |
| Lierre | Benzène contenu dans les peintures, encres, matières plastiques ou détergents | Dans la cuisine et dans un couloir |
En savoir plus sur les nombreux produits qui sont des sources d’exposition aux substances chimiques dans notre vie quotidienne.
« Nos maisons nous empoisonnent - Guide pratique de l’air pur chez soi » par Georges Méar aux éditions Terre vivante
Retrouvez cet ouvrage chez notre partenaire PriceMinister
« Les plantes dépolluantes » par Ariane Boixière aux éditions Rustica/Fler
[1] « Risques et dangers pour la santé humaine de substances chimiques d’usage courant : éthers de glycol et polluants de l’air intérieur. Évaluation de l’expertise publique et des choix opérés » par Marie-Christine Blandin, janvier 2008
[2] « Approche méthodologique du lien avec l’environnement » par l’INSERM, 2005
[3] Environmental Health Perspectives, juin 1998
[4] « Risques et dangers pour la santé humaine de substances chimiques d’usage courant : éthers de glycol et polluants de l’air intérieur. Évaluation de l’expertise publique et des choix opérés » par Marie-Christine Blandin, p.153
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